En février 2025, un manifestant solitaire a brûlé un exemplaire du Coran et déclaré « l’islam est une religion terroriste » devant le consulat de Turquie à Londres. Un homme qui a été témoin de la scène s’est précipité chez lui pour aller chercher un couteau à pain qu’il a brandi en disant « je vais te tuer, p*** ». Le manifestant a été blessé et est tombé au sol, où il a été roué de coups de pied.
Tout cela n’a duré que trois minutes, mais c’est devenu une affaire très médiatisée. Le manifestant a été poursuivi par l’État, initialement pour harcèlement de « l’institution religieuse de l’islam », ce qui aurait pu lui valoir une peine d’emprisonnement. Cela semble avoir été une tentative flagrante de la part de l’État d’introduire une stricte loi sur le blasphème à l’égard de l’islam, en contradiction avec le Human Rights Act et l’article 10 de la CEDH. Après une intervention directe de la National Secular Society (NSS) britannique, les poursuites ont été requalifiées en infraction à l’ordre public, qui n’entraîne aucune peine d’emprisonnement.
L’affaire a désormais été jugée par trois tribunaux différents, le dernier en date étant la Haute Cour, à la demande de l’État. Malgré les efforts de plus en plus désespérés de l’État, la Haute Cour a confirmé l’annulation de la condamnation du manifestant par le tribunal précédent. Le procureur général est désormais menacé d’enquête et fait même l’objet d’appels à la démission, notamment pour l’accusation initiale de « blasphème » et son refus d’envisager l’acquittement. Nous espérons qu’il ne tentera pas de faire appel, ce qui pourrait l’amener à saisir la Cour suprême.
Le manifestant, Hamit Coskun, est né en Turquie et est d’origine arménienne et turque. Il demande l’asile au Royaume-Uni. Sa manifestation était de nature politique (d’où le choix du consulat comme lieu de manifestation) et visait à dénoncer l’islamisation croissante de l’État turc, autrefois laïque. Sa famille a gravement souffert de la persécution de l’État.
La NSS a mené avec succès une campagne pour abolir la loi anglaise (chrétienne) sur le blasphème. Nous avons pris en charge les frais juridiques de toutes ces affaires, conjointement avec la Free Speech Union.
Nous ne préconisons pas le brûlage de livres, mais nous maintenons, au nom de la liberté d’expression, que cela – quel que soit le livre – ne devrait pas constituer une infraction pénale.
Les poursuites judiciaires contre l’agresseur, qui a au moins menacé de tuer Coskun, n’auraient pas pu être plus différentes. Il n’a pas été inculpé pour tentative de meurtre, ni pour avoir infligé des blessures graves, ni pour avoir utilisé une arme blanche (dont il a nié jusqu’au dernier moment même l’existence). Il a été condamné pour l’accusation la plus insignifiante : agression et possession (et non utilisation) d’une arme blanche. Et sa peine n’incluait même pas de séjour en prison, celle-ci ayant été suspendue.
Donald Trump a proposé à Coskun l’asile aux États-Unis si la condamnation était rétablie.
Article de Keith Porteous Wood, National Secular Society